Un chiffre ne ment pas : la loi ne laisse pas place à l’improvisation quand il s’agit de saisir la Commission de Conciliation et d’Indemnisation des accidents médicaux (CRCI). Seules quelques personnes, clairement définies, peuvent déposer une demande. Un professionnel de santé, par exemple, ne peut pas saisir la commission pour lui-même, à moins de représenter officiellement la victime. Dans certaines situations, l’assureur du mis en cause ou la caisse d’assurance maladie ont aussi leur mot à dire.
L’accès à cette démarche reste strictement individuel : toute forme de requête collective est rejetée d’office, et un tiers non autorisé, même avec des intérêts en jeu, ne pourra pas faire valoir de demande auprès de la CRCI.
Comprendre le rôle de la CRCI dans la gestion des accidents médicaux
Au cœur des litiges médicaux, la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux (CCI ou CRCI) occupe une fonction bien distincte. Son rôle : examiner les situations d’accident médical, d’affection iatrogène ou d’infection nosocomiale qui ont marqué un parcours de soins. Ici, pas de procédure judiciaire classique : la démarche est gratuite et évite le tribunal. On privilégie la conciliation, la recherche d’un règlement amiable, dans un cadre où la voix de la victime compte autant que celle du professionnel ou de l’établissement concerné.
À chaque demande d’indemnisation, la CCI vérifie si les préjudices subis franchissent le seuil de gravité fixé par la loi. Si le cas l’exige, elle fait appel à un expert indépendant pour éclaircir la nature du dommage, déceler une éventuelle faute médicale ou identifier un aléa thérapeutique, ces incidents imprévisibles qui peuvent bouleverser une vie sans qu’aucune erreur ne soit commise.
L’avis de la commission ne s’impose à personne, mais il ouvre la porte à une proposition d’indemnisation : l’assureur intervient si une faute est reconnue, tandis que l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux) prend la relève face à un aléa thérapeutique, une infection nosocomiale grave, ou lorsque le responsable n’a pas de couverture. Ce dispositif laisse toujours la possibilité d’engager une action en justice si la proposition ne satisfait pas la victime. En somme, la CRCI offre une alternative rapide et apaisée, sans jamais rogner sur les droits des victimes d’accidents médicaux.
Qui peut saisir la CRCI et dans quelles situations ?
La saisine de la commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) n’est pas réservée à la seule victime. D’autres personnes peuvent intervenir dans certains contextes : par exemple, les ayants droit, conjoint, enfants, parents, peuvent agir en cas de décès ou si la victime ne peut pas défendre ses intérêts elle-même. Même chose pour le représentant légal d’un mineur ou d’un majeur protégé. L’assureur, le professionnel de santé ou l’établissement de santé impliqués disposent également de ce recours. Cette ouverture vise à régler au plus vite les litiges autour d’un accident médical, d’une affection iatrogène ou d’une infection nosocomiale.
Avant de saisir la commission, il reste impératif de s’assurer que le seuil de gravité défini par la loi est bien atteint. Ce seuil conditionne l’examen du dossier. Voici les situations qui permettent d’engager la saisine :
- Déficit fonctionnel permanent (DFP) d’au moins 24 %
- Déficit fonctionnel temporaire (DFT) de 50 % ou plus pendant six mois, que ces mois soient consécutifs ou non
- Inaptitude professionnelle médicalement constatée
- Troubles graves dans les conditions d’existence
La pièce centrale du dossier reste le dossier médical. Il doit être joint à la demande, accompagnée du formulaire adapté, disponible en PDF. Ce formulaire, à adresser par lettre recommandée, suspend aussitôt les délais de prescription. La commission vérifie ensuite la recevabilité du dossier : en cas de validation et si le préjudice répond au seuil légal, une expertise indépendante est lancée.
Étapes clés de la procédure et ressources utiles pour les victimes
La procédure devant la commission de conciliation et d’indemnisation (CCI) suit un enchaînement précis. La première étape : constituer un dossier solide. Il s’agit de réunir plusieurs éléments indispensables :
- Le dossier médical
- Les justificatifs d’arrêts de travail
- Tous rapports d’expertise déjà réalisés
- Les documents prouvant le préjudice subi
Le formulaire, téléchargeable en PDF, se complète puis s’adresse à la commission compétente pour la région. L’envoi, de préférence en recommandé, suspend aussitôt les délais de prescription.
Une fois le dossier jugé recevable, la commission mandate un expert médical indépendant. Cette expertise est capitale : elle permet d’évaluer l’ampleur des conséquences de l’accident médical ou de l’erreur médicale. La victime, si elle le souhaite, peut se faire accompagner par un avocat ou un médecin-conseil de victimes, pour défendre son point de vue. Après l’expertise, la commission rend un avis : il oriente vers une indemnisation par l’assureur ou par l’ONIAM, selon la source du dommage (faute médicale, aléa thérapeutique ou infection nosocomiale).
Le dispositif est accessible : la procédure est gratuite. Les victimes peuvent, si besoin, s’appuyer sur des associations spécialisées comme l’Association AIVF, qui propose une aide concrète pour constituer le dossier et met à disposition des consultations gratuites avec des avocats spécialisés. Si l’offre d’indemnisation ne satisfait pas la victime, il reste possible de porter l’affaire devant la justice. Chaque étape, du dépôt de la demande jusqu’à la décision finale, respecte un calendrier établi pour garantir à la fois rapidité et justesse.
La CRCI : une voie discrète mais puissante, qui, pour bien des victimes, marque parfois le vrai début de la reconnaissance et de la réparation.


