L’index ING, publié chaque mois par l’Insee, mesure l’évolution des coûts dans le secteur de l’ingénierie de la construction. Il sert de référence pour la révision de prix des contrats de prestations intellectuelles, notamment dans les marchés publics. Sa lecture paraît simple (un nombre, une base 2010), mais son utilisation correcte dans une clause de révision suppose de maîtriser quelques mécanismes que les tableaux de valeurs ne montrent pas.
Ce que l’index ING mesure vraiment (et ce qu’il exclut)
L’index ING appartient à la famille des index divers de la construction, aux côtés des index BT (bâtiment), TP (travaux publics) et IM (industries mécaniques). Il cible spécifiquement les prestations d’ingénierie : études techniques, maîtrise d’œuvre, assistance à maîtrise d’ouvrage.
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Sa composition repose sur une pondération de postes de coûts propres aux bureaux d’études : charges salariales, charges sociales, frais généraux de fonctionnement. L’ING ne reflète pas le coût des matériaux ni celui des travaux. Un ingénieur qui utiliserait l’ING pour réviser un marché de fourniture ou de travaux commettrait une erreur de périmètre.
La base de référence est 2010 (valeur 100). La dernière valeur disponible, mars 2026, s’établit à 137,4, ce qui traduit une hausse cumulée de plus d’un tiers depuis la base. En comparaison, la valeur de mars 2025 était de 134,6, soit une progression modérée sur un an.
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Formule de révision de prix avec l’index ING : calcul et pièges courants
Dans un marché public ou un contrat privé de prestations intellectuelles, la clause de révision de prix s’appuie généralement sur une formule paramétrique. La plus fréquente prend cette forme :
P = P0 x (ING_n / ING_0)
P0 désigne le prix initial du contrat, ING_0 la valeur de l’index au mois de référence (souvent le mois d’établissement des prix ou le mois m-3 de la remise de l’offre), et ING_n la valeur au mois de la révision.
Choix du mois de référence
Le piège le plus courant concerne le mois de référence. Beaucoup de cahiers des charges mentionnent « le mois de remise de l’offre », mais le décalage de publication de l’index (la valeur d’un mois donné paraît au Journal officiel environ six semaines plus tard) impose souvent de prendre un mois antérieur. Vérifier la date de parution au J.O. est une précaution que les ingénieurs négligent régulièrement.
Formules mixtes et pondérations
Certains marchés combinent l’ING avec d’autres index pour refléter la structure réelle des coûts d’un projet. Par exemple, un contrat de maîtrise d’œuvre incluant des prestations de relevé topographique pourrait pondérer l’ING à hauteur de la part d’ingénierie pure et un index TP pour la composante terrain.
- Un contrat 100 % études techniques utilise l’ING seul, sans pondération complémentaire.
- Un contrat mixte (études + suivi de chantier) peut combiner ING et un index BT ou TP, avec des coefficients définis au CCAP.
- L’absence de clause de révision dans un contrat long expose l’ingénieur à absorber l’intégralité de l’inflation salariale sur la durée du marché.
ING, Syntec ou indice des prix à la consommation : lequel choisir
La confusion entre l’index ING de l’Insee et l’indice Syntec est fréquente dans la profession. Les deux servent à réviser des contrats de prestations intellectuelles, mais ils ne mesurent pas la même chose.
L’indice Syntec, publié par la fédération Syntec-Ingénierie, est construit à partir du salaire moyen des positions ETAM et cadres du secteur. Il reflète essentiellement l’évolution des rémunérations. L’ING intègre d’autres composantes de coûts (charges sociales, frais de structure), ce qui le rend plus représentatif du coût global d’une prestation d’ingénierie.
En revanche, l’indice des prix à la consommation (IPC), parfois utilisé par défaut dans des contrats mal rédigés, n’a aucun lien avec la structure de coûts d’un bureau d’études. L’utiliser revient à indexer un contrat d’ingénierie sur le prix des denrées alimentaires et de l’énergie domestique.
- Pour un marché public de maîtrise d’œuvre, l’ING est le choix le plus pertinent et le plus courant dans les CCAG-PI.
- Pour un contrat privé de conseil ou d’assistance technique, l’indice Syntec reste largement utilisé par convention de branche.
- L’IPC ne devrait figurer dans aucun contrat d’ingénierie, sauf en l’absence totale d’alternative contractuellement admise.

Base 2010 et raccordement des séries anciennes : un cadre réglementaire précis
Le passage d’une base à une autre (par exemple de la base 1974 ou 2000 vers la base 2010) ne consiste pas à simplement diviser ou multiplier les valeurs. L’Insee publie des coefficients de raccordement qui permettent de convertir les séries historiques, mais ce raccordement obéit à un cadre réglementaire qui encadre juridiquement la façon dont les maîtres d’ouvrage et les ingénieurs doivent opérer la conversion.
En pratique, un contrat signé sous l’ancienne base et toujours en cours d’exécution nécessite une attention particulière. La clause de révision doit préciser si le changement de base s’applique automatiquement ou si un avenant est requis. Les données disponibles ne permettent pas toujours de conclure que le raccordement est neutre sur le montant révisé : des écarts marginaux peuvent apparaître selon la méthode de chaînage utilisée.
Limites de l’ING pour des missions d’ingénierie atypiques
L’ING a été conçu pour des prestations d’ingénierie « classiques » de la construction : bâtiment, génie civil, infrastructure. Son panier de coûts reflète la structure d’un bureau d’études généraliste.
Pour des missions spécialisées (ingénierie environnementale, cybersécurité industrielle, BIM management), la représentativité de l’index peut être discutable. Les retours terrain divergent sur la capacité de l’ING à capter l’évolution des coûts de profils très qualifiés dans des niches techniques où les tensions salariales dépassent largement la moyenne du secteur.
La tendance récente va vers une granularité accrue des indices par poste technique. Certains index spécialisés (comme le BT47 pour l’électricité) ont vu leurs pondérations révisées pour mieux refléter les réalités de terrain. L’ING, lui, conserve pour l’instant une structure agrégée qui lisse ces disparités.
Un ingénieur confronté à un marché de niche a tout intérêt à négocier une clause de révision sur mesure, combinant l’ING avec un indicateur sectoriel complémentaire, plutôt que de s’en remettre à un index généraliste dont la maille ne correspond pas à la réalité économique de sa prestation.

